Il y a 25 ans, « Ich bin ein Berliner » reprenait de nouveau sa signification

par déposé en vertu de Expériences & lieux uniques.

C’était il y a 25 ans, le 10 novembre 1989, que la chute d’un mur, o combien réelle et symbolique à la fois, rend enfin, au grand jour, la véracité de la phrase « Ich bin ein Berliner », « Je suis un Berlinois ». Ces mots célèbres ont été prononcés par John Fitzgerald Kennedy, en 1963, lors de sa visite à Berlin Ouest, à l’occasion des 15 ans du blocus de Berlin. Le discours de Kennedy est un moment marquant de la guerre froide, dont le but était de montrer le soutien des Etats-Unis aux habitants de l’Allemagne de l’Ouest et notamment aux Berlinois de l’Ouest qui vivaient dans une enclave en Allemagne de l’Est, au milieu du territoire communiste, délimité par le mur de Berlin, construit 2 ans auparavant.

« Il y a 2 000 ans, la plus grande marque d’orgueil était de dire civis romanus sum (« je suis citoyen romain »). Aujourd’hui, dans le monde libre, la plus grande marque d’orgueil est de dire Ich bin ein Berliner. […] Tous les hommes libres, où qu’ils vivent, sont des citoyens de Berlin. Par conséquent, en tant qu’homme libre, je suis fier de prononcer ces mots : Ich bin ein Berliner! »

 

 

La chute du mur de Berlin s’inscrit dans la continuité de la grande dégringolade des dominos de la pyramide soviétique : Budapest (le 23 octobre), Sofia (le 10 novembre), Prague (le 18 novembre), Bucarest (du 16 au 25 décembre), Varsovie (1er janvier 1990).

Aujourd’hui, un quart de siècle seulement après ces événements, nous avons oublié beaucoup de choses, beaucoup trop même. Oubliées les frontières, la dictature, la non liberté. Circuler librement en Europe est une évidence…

On dit que nous, être humains, avons une mémoire sélective. Les souffrances, les humiliations, les moments durs, pénibles, tout ce qui nous a été désagréable est évacué, jeté à l’oubli éternel.

Je suis moi-même originaire des ces pays qui ont connu le communisme. En France, on peut dire « je suis né sous Georges Pompidou », i.e. entre 1969 et 1974. Il est facile de calculer l’âge de ceux « nés sous Pompidou », la marge d’erreur serait seulement de 5 ans. Mais, moi, si je vous dis « je suis née sous Todor Zivkov », hey, devinez quel est mon âge ? D’abord il va falloir savoir de quel pays Todor ZIvkov était président et puis être au courant qu’il en était le président de 1956 à 1989, c’est-à-dire pendant 33 ans… Allez-y pour le calcul de mon âge, avec une marge d’erreur de 33 ans !

J’ai connu la fin du régime et je me rappelle très bien les doutes, l’immense état d’incertitude dans lequel tous mes camarades de l’Université étaient plongés, la fugue dans les nuits blanches trop fortement arrosées, ma vie d’hôtesse de l’air pleine de légèreté et insouciance. Nous sentions que quelque chose n’allait plus comme avant, que ça craquait à l’intérieur du système, c’état si bizarre…

 

Balkan

Publicité de Balkan, la compagnie aérienne nationale de la Bulgarie, dans les années 80. On voit
bien sur 
l’image en bas, à gauche, les portraits de Todor Zivkov et Léonid Breznev sous lesquels
c’est marqué « URSS – RPB* ensemble pour toujours ».

 

J’ai lu récemment le livre d’une compatriote, Rouja Lazarova, Mausolée, et j’ai été frappée par la méticulosité de ses souvenirs et de ses descriptions de la vie en Bulgarie communiste. Tout est véridique, c’est poignant et superbement bien raconté.

Ces histoires ne doivent pas intéresser grand’ monde aujourd’hui, mais qu’est-ce que ça fait du bien de savoir qu’elles sont là, couchées sur les pages immaculées de quelques bouquins rangés avec soin sur les étagères de la Bibliothèque municipale.

 

* RPB, République populaire de la Bulgarie