Odysseia-In, un pionnier du tourisme responsable en Bulgarie

par déposé en vertu de Best practices, Idées de business, Rencontres avec des experts du voyage.

Lubomir Popiordanov, Lubo pour ceux qui le connaissent, est résolument un homme engagé. Avec une rare force des convictions, intégrité et dévotion. Et ce que je dis n’est point exagéré. Il n’est pas du tout excessif de dire non plus qu’il est à la tête du premier tour-opérateur et réceptif en Bulgarie, créés tout juste après la chute du mur de Berlin, en 1990, au nom, oh combien symbolique : Odysseia-In.

Aujourd’hui, Odysseia-In, a son quartier général dans le centre-ville de la capitale bulgare Sofia. Vingt-cinq conseillers et accompagnateurs en montagne répondent aux demandes multiples des clients français (30% environ de la clientèle du TO), anglais, espagnols, allemands, japonais… Deux fois par semaine : cours de yoga business dans une salle spécialement aménagée. De toute évidence, le TO de Lubo ne connaît pas la crise !  Et pour cause car son offre de tourisme d’aventure, trekking, randonnées (50% de l’offre du TO), visites culturelles, apprentissage des métiers et des traditions locales, tourisme rural est d’une qualité exceptionnelle.

Il faut dire que Lubo connaît comme personne son pays, dans les moindres détails et les recoins les plus secrets, et il peut vous en parler pendant des jours ! Mais c’est surtout son engagement dans le tourisme responsable et participatif qui le place complètement à part dans la grande famille du tourisme bulgare.

Dans un pays où le tourisme contribué au PIB à la hauteur de 12-13%, on peut facilement imaginer l’importance capitale de la sauvegarde du patrimoine naturel et culturel, et le fort impact économique, social et écologique du tourisme responsable.

Voici l’interview vidéo que Lubo a accordée à TheTravelExperts et sa transcription juste après :

 

Albena : Bonjour ! Pour notre série « Rencontres avec des experts de voyage », j’ai le grand plaisir et honneur de recevoir aujourd’hui Lubo Popiordanov. Bonjour, Lubo !

Lubo : Bonjour !

Albena : Lubo est le fondateur d’un tour-opérateur bulgare « Odysseia-In », basé à Sofia qui va fêter l’année prochaine 25 ans d’existence.

Lubo : C’est ça.

Albena : Et Lubo est non seulement le fondateur de ce tour-opérateur, mais il est le pionnier du tourisme responsable en Bulgarie. Je ne connais personne qui connaît la Bulgarie dans le moindre détail comme Lubo. Il connait ce pays dans les recoins les plus éloignés, les plus secrets. C’est quelqu’un qui est passionné et un vrai connaisseur de la Bulgarie …

Lubo : Oh là là ! / O la la ! …

Albena : Ce que je dis n’est point exagéré.

Lubo : Faut croire.

Albena : Alors, aujourd’hui nous allons parler de tourisme responsable. C’est notre sujet, n’est-ce pas ?

Lubo : Oui, bien sûr.

Albena : Tu vas nous donner ta vision et quelques exemples, et comment tu vois l’avenir du tourisme, en général.

Lubo : C’est en grandes lignes.

Albena : Vaste programme, n’est-ce pas ? Bon, Lubo, alors, qu’est-ce que c’est pour toi le tourisme responsable ?

Lubo : C’est un tourisme où on va vraiment essayer de protéger toutes les ressources dont on a héritées avec nos enfants, faire en sorte que ces ressources, on puisse les laisser aux générations futures. Que ce soient des ressources naturelles ou des ressources culturelles.

Albena : – Oui.

Lubo : – Un patrimoine culturel, que ce soit un patrimoine immatériel aussi, parce que les traditions sont un patrimoine immatériel.

Albena : – … immatériel.

Lubo : – Et donc de les protéger et afin de vraiment que… le futur … dans le futur on puisse continuer à utiliser ces ressources et continuer à développer ces ressources.

Albena : – Oui.

Lubo : – Leur potentialité. Garder cette potentialité et faire vivre …

Albena : Oui.

Lubo : Conserver ces ressources autrement.

Albena : Autrement !

Lubo : – Oui.

Albena : Grâce aux gens ?

Lubo : Voilà. Grâce à une activité, parce que le tourisme est une activité où il y a les touristes, il y a les professionnels dans le voyage, mais notre but comme agence réceptive, c’est surtout de développer un tourisme qui est respectueux de cet environnement et qui développe vraiment les ressources d’une manière cohérente afin de rendre ces ressources accessibles. Sans dire on va faire ça ou on ne va pas faire ça, c’est-à-dire que on n’est pas là pour mettre des barrières, mais pour ouvrir de fenêtres… d’une manière responsable. D’ouvrir des horizons, aussi bien pour les Bulgares que pour les étrangers. C’est notre manière de valoriser notre pays. Responsable !

Albena : Responsable ! Exactement ! Et puis, tu me disais que effectivement ton but aussi, c’est d’inspirer les gens de développer une activité supplémentaire. Par exemple, la création des maisons d’hôtes. Toi, tu es de l’origine, de tout un réseau de maisons d’hôtes.

Lubo : Avec notre activité, on essaye d’inspirer les gens, vraiment, de leur donner des idées et des approches différentes. On essaye de créer des opportunités. Donc, on va expliquer aux gens comment créer une maison d’hôtes. On va ensuite les mettre en réseau. Parce que le réseau est très important, on n’est pas tout seul …

Imaginer les villages des Balkans qui sont perdus là … l’Etat ne fait rien pour ces villages. Si les gens sont dans des réseaux, dans différents villages de Bulgarie, ils partagent le même esprit. Donc, déjà ils se sentent plus à l’aise. Ensuite, on essaye de leur amener de touristes. Effectivement, on essaye de les faire vivre. On essaye de développer leur capacité humaine. Donc, on va leur apprendre que les touristes s’intéressent, par exemple, au tissage, ils s’intéressent à la peinture, peut-être, ils s’intéressent à la cuisine. Et ils vont vouloir, peut-être, faire la rakia (boisson alcoolisée locale à la base de fruits, eau de vie) ou le vin, parce qu’en Bulgarie on fait le vin à peu près partout. On est un pays de vin. Et on va leur permettre vraiment de se rapprocher…

On veut vraiment mettre le point sur l’accueil et sur le partage, et on veut développer un réseau où les gens travaillent parce que ça les inspire et ça les passionne. C’est pas pour l’argent, mais pour partager et pour se rencontrer. Et c’est une manière de faire rayonner notre destination d’une manière humaine.

Albena : Humaine.

Lubo : Que ça puisse faire bénéficier beaucoup de monde. Donc, ce réseau de gîtes, dans lequel on a vraiment beaucoup investi, est un exemple. Un autre exemple, c’est  la création de la profession des accompagnateurs en montagne, une action qu’on mène depuis plus de 15 ans. Le Ministère des affaires étrangères de France y a participé, nous avons apporté beaucoup de moyens aussi de notre côté. Et actuellement on a plus de 180 accompagnateurs en montagne qui ont les équivalences des accompagnateurs français. On a édité une bible de la montagne qui est à sa troisième édition, c’est un document de référence qui montre qu’est-ce que cette profession que les Bulgares ne connaissaient pas. On a fait du lobbying comme opérateur privé, et pour cela aussi on a créé une association qui suit aussi ce même cheminement. On a aidé un monastère, on a donne des moyens aux chambres d’hôtes pour améliorer leur habitat et leur qualité service. Et on les aide aussi dans le marketing.

Ce sont des actions que l’on fait parce qu’on sait très bien qu’on ne peut pas ne pas participer dans ce développement. Si on veut avoir un réseau de qualité, des services de qualité qui correspondent à nos attentes et aux attentes de nos clients, beh il faut s’investir dans tout ça. Et il faut s’investir avec toutes les ressources qu’on a, et surtout avec notre cœur, notre temps et notre capacité professionnelle. Amener des experts, si c’est nécessaire et vraiment tisser de tous les côtés le produit. Pour nous c’est une manière de créer le produit.

Parce qu’on crée un produit qui est artisanal. C’est fait avec nos mains, avec nos esprits, avec nos cœurs. Donc, c’est un produit dans lequel on croît fortement et je pense que c’est un produit qui corresponde exactement à la démarche et aux attentes des gens du XXIème siècle. Donc, c’est pas un produit fordiste*, pas un tourisme fordiste où les gens arrivent en avion ou en bateaux de croisière… Je suis pas contre les bateaux et les croisières. C’est un tourisme qui corresponde au développement de la société d’aujourd’hui.

Les gens sont de plus en plus individuels. Ils vont regarder de plus en plus dans leur propre ambition, dans leur propre égo. Ils veulent recevoir de chaque vacances quelque chose unique.

Voilà ! Parce qu’on est déjà tous uniques. On est …  En Europe, on est 650 millions de personnes uniques qui se comportent comme de personnes uniques. Et pour ça, il faut créer un produit qui est unique. Et je pense que là, on a plus la chance de faire de « copy-paste ». Donc, vraiment il faut faire de l’artisanat et je pense que le produit artisanal a beaucoup de futur. Parce que qui dit artisanat dit authentique.

Donc, je pense que là ça crée de la synergie. Donc, nos partenaires, chambres et monastères, adorent ce qu’on fait et nous, on adore ce qu’ils font et je pense qu’on échange un amour et une émotion. Et je pense que quelque part cette émotion se transmet vers les gens qui viennent nous voir et qui se sentent heureux de voir que ça existe parce qu’ils ne supposent pas que dans un pays des Balkans les gens ont une telle relation d’amitié. Et je pense que c’est ça qui donne la chance à cette manière de présenter la Bulgarie autrement. Elle est cohérente avec son fondement, sa base. Et cette base, donc, c’est toujours, l’environnement, la nature, le paysage. Ce sont les gens qui sont dans cette nature, c’est le patrimoine. Là, on est dans cette maison à Kovachevitca. C’est un patrimoine culturel. Un patrimoine national, entre autre, reconnu village d’art et d’histoire. Et donc, tout ça existe d’une manière très harmonieuse.

Si c’est quelque chose de harmonieux, je dirais qui corresponde un peu à l’harmonie qu’avait l’univers avant, je pense que cela a beaucoup de futur. Donc, il faut que vraiment qu’on continue à développer dans ce sens. Et c’est bien ce que je crois. Et que tous mes collaborateurs, nos guides le croient aussi.

Albena : Tu en as combien de guides ?

Lubo : Plus de 40 guides.

Albena : Accompagnateurs en montagne?

Lubo : Certains. Aussi conférenciers dans les villes. On fait aussi des voyages … pas seulement dans la montagne. On fait des voyages vin, vin avec vélo. On aime bien le vin… On fait de la cuisine, on peut aller voir des oiseaux.

On peut faire de voyages qui sont seulement pour des femmes. Par exemple. On a fait des voyages seulement femmes et elles vont aller voir les broderies, elles vont voir les tissages, elles vont voir la cuisine. Elles vont apprendre certains pas de dance. Elles vont voir surtout comment vivent les femmes bulgares aussi. Quel est leur quotidien.

Je pense que les gens voyagent aussi pour comprendre comment vivent les autres. Et on est bien 28 pays maintenant en Europe. Je pense que c’est très intéressant. Il faut pas aller très loin. Donc, qu’est-ce que le tourisme responsable encore ? C’est faire des voyages authentiques, des voyages hors des sentiers battus, pas très loin de l’Europe. Pas très loin de nos pays destinations en Europe.

Nous en Bulgarie, on va chercher un village peut-être dans les Pyrénées. Les Français peuvent chercher un village dans les Rhodopes.

Et je pense que c’est pas la peine de prendre des long-courriers pour faire un voyage qui a du charme et qui est vraiment … qui relève de l’exotisme quelque part parce qu’en Europe il y a tout …

Albena : Oui, tout à fait. Donc, on peut résumer qu’en fait pour toi le tourisme responsable c’est des expériences uniques, authentiques, qui rendent les gens heureux où on apprend des choses.

Lubo : Qui les poussent à participer.

Albena : Qui les poussent à participer. C’est le tourisme participatif… dont on a parlé aussi. Et qui effectivement s’enrichissent davantage et ça donne beaucoup de sens à un voyage finalement, parce qu’on vient, on va participer dans une activité, on va pas être spectateur …

Lubo : Exactement.

Albena : … consommateur, mais on va vraiment s’impliquer. Et ça change tout. Ça change tout dans la tête des gens.

Lubo : Et ça nous fait heureux. Ça nous rend heureux …

Albena : Et ça nous rend heureux.

Lubo : – … parce que je pense que le but … je pense il y a 150 ans lorsque le tourisme a commencé en Grand Bretagne… avec un certain train, les gens …

Albena : Avec un certain Thomas Cook…

Lubo : Oui … non, non, on va pas faire de publicité, et ce certain train quand même …

Albena : Mais c’est l’homme qui a créé le tourisme. Thomas Cook. Voilà, bon.

Lubo : Tout à fait, mais on va dire qu’il y avait du tourisme à l’époque d’Alexandre de Macédoine …

Albena : Oh la la !

Lubo : … parce qu’il faut dire que ses troupes lorsqu’ils ont fait des aller- retours en l’Inde, je pense que ces troupes-là, les gens ont fait du tourisme aussi. Et donc, dans tout cela il y a la recherche des horizons, il y a la recherche des émotions et finalement, il y a la recherche d’être heureux … parce qu’il y a de gens qui se sentent heureux qu’à travers le voyage. Je pense que le voyage, c’est la meilleure université, il y a pas de doute là-dessus. Donc, si on veut vraiment apprendre le futur, c’est seulement je pense bien en voyageant. On peut faire ça.

Albena : – Exactement ! Et moi, j’aimerais bien finir notre entretien sur quelque chose que tu disais aussi, que le but aussi du tourisme responsable est de préserver pour faire perdurer.

Lubo : Perdurer.

Albena : Toi, tu es un exemple vivant, pratiquant, parce que nous sommes aujourd’hui dans ta maison à Kovachevitsa. Kovachevitsa, je dis juste rapidement, c’est un petit village nulle part, dans le nulle part de l’univers dans les Rhodopes de Sud-ouest. Rhodopes, c’est un grand massif, le plus grand massif bulgare.

Lubo : Et c’est la montagne d’Orphée quand même.

Albena : C’est la montagne d’Orphée, oui. Je te remercie de l’avoir signalé. Exactement. Kovachevitsa, c’est le …

Lubo : C’est pas n’importe quelle montagne.

Albena : C’est un tout petit village. Il y a combien de personnes ?

Lubo : Il y a 40, 30.

Albena : 40. Voilà ! Le reste, des gens comme toi, amoureux de la montagne, amoureux de ces pierres, vieilles pierres …

Lubo : Oui.

Albena : Et tu as, en fait, reconstruit cette maison de… de quasiment rien …

Lubo : De rien, voilà !

Albena : – … mais en respectant à la lettre le style local, les matériaux et tout.

Lubo : Oui. On a été cohérent par rapport à la tradition. Cette manière d’agir dans la restitution de cette maison doit être aussi notre démarche par rapport à la manière dont on regarde le futur du tourisme.

On doit reconstruire l’idée du tourisme. On doit remettre … nous poser la question « Pourquoi on voyage ? », «  Qu’est-ce qui est au fond du voyage ? ». Et c’est vraiment la recherche de l’inconnu, c’est la rencontre des gens et c’est pas le service, voire comment sont les assiettes, comment sont les couverts …etc. Donc, c’est … Donc, il y a quelque chose de spirituel. Le voyage, c’est une industrie, mais c’est une démarche spirituelle au fond, à la base, et si on redonne le côté spirituel, on a toutes les chances de rester dans le tourisme. De rester parce que sinon, on voit très bien que l’industrie … les technologies vont plus ou moins … mettent un peu de part et d’autre les opérateurs, les agences. Le client a accès à tout, à toute notre industrie, à tous les …éléments de notre réseau. Et si on veut rester il faut être cohérent avec notre base, il faut créer des produits qui ont du charme et qui ont de la gueule, on va dire. Et qui ont vraiment de l’identité. Et l’identité, ça se fait à la manière artisanale. Voilà. On va dire comme ça.

Albena : C’est ton message final ?

Lubo : C’est mon message.

Albena : C’est ton message final.

Lubo : Il faut croire dans ça. Moi, je crois, je pense que 25 ans … et je pense que je fais le tourisme toujours avec la même émotion.

Et je continue à avoir de nouvelles idées. Ça veut dire que c’est quelque chose que je crois et je pense qu’il y de plus en plus de monde en Bulgarie qui partage le même esprit, quoi.

Albena : Je te remercie énormément, Lubo, de nous avoir accordé …

Lubo : Moi aussi, Albena.

Albena : – … cet entretien. Je t’en prie. Les cordonnées de Lubo vont se trouver juste au-dessous de cette vidéo. Il fait partie, bien sûr, de The Travel Experts. Il est dans le guide des fournisseurs. Et peut-être tu seras à Top Resa …

Lubo : Et vous êtes tous bienvenus en Bulgarie si vous voulez un service d’expertise …et comment redonner de l’identité à un voyage, on est bien là.

Albena : Je te remercie énormément, Lubo ! À bientôt !

Lubo : – À bientôt !

 

* « fordiste » vient de « fordisme », modèle d’organisation et de développement d’entreprise mis en oeuvre par Henry Ford au début du 20ème siècle.

 

Pour savoir davantage : voir la page d’Odysseia-In dans le Guide des Fournisseurs de TheTravelExperts.

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