Tourisme de mémoire : Dachau, une douleur qui crie toujours

par déposé en vertu de Expériences & lieux uniques.

Ce dimanche du mois de mai à Dachau, une ville de 40 000 âmes à 20 kilomètres de Munich, le ciel est gris et triste, mais apaisant. Si on est attentif et tend l’oreille, on peut même se délecter du chant des oiseaux. 69 ans après la fermeture du premier camp de concentration, construit par les nazis en 1933, la vie s’écoule doucement.

Plus de 30 000 personnes périrent ici, dans des conditions terriblement humiliantes, pendant les 12 ans d’existence du camp, jusqu’à sa libération le 29 avril 1945. 75 000 prisonniers y vécurent entassés dans 34 baraques-dortoirs. La souffrance, la torture, la mort et la guerre sont des sujets durs pour le tourisme, mais pouvons-nous les ignorer comme s’ils n’ont jamais existé ?

Sur le parking du camp de Dachau, d’énormes cars déversent des centaines de touristes, venus rendre visite à une des plus immondes horreurs que notre humanité a connues. Ce n’est pas une visite gaie et joyeuse. Quand on vient ici, on sait à quoi s’attendre.

Nous avons tous eu des cours d’histoire à l’école, lu ou vu Si c’est un hommeLe Pianiste, Elle s’appelait Sarah, La Liste de Schindler, La Vie est belle

Nous savons que là, sur ce lieu où les fantômes des morts brodent toujours, nous allons être happés, peut-être, par une irrésistible envie de pleurer et de crier « Pourquoi ?! Mais pourquoi cette haine, pourquoi tant de cruauté ? » Sommes-nous capables de pardonner à ces bourreaux comme Dieu à qui Christ a demandé de pardonner les siens parce qu’ils étaient ignorants?

Panneau à l'entrée de Dachau    Dachau le camp de concentration

Nous sommes plusieurs à visiter Dachau ce dimanche : la seule baraque-dortoir qui a n’a pas été démolie, le crématorium et la chambre à gaz, l’immense musée très documenté où on peut passer des heures devant les images de ces êtres vacillant entre la vie et la mort. Immortalisés à travers la photographie et le cinéma. A nous rappeler ce que nos parents et grands parents ont vécu et ce que nous ne voulons surtout pas revivre.

Dachau Dortoir     Dachau Chambre à gaz     Dachau Crématorium

Photos : Albena Gadjanova

Le tourisme de mémoire a cette lourde et responsable mission de perpétuer le patrimoine historique, civil et militaire des lieux notables, marqués par des événements douloureux : batailles, cimetières, édifices commémoratifs (musées et mémoriaux)… Ce n’est pas un tourisme noir comme on peut le définir parfois, mais un tourisme indispensable et essentiel d’accomplissement du devoir de mémoire.

En France, c’est le Ministère de la Défense qui assure la gestion et la valorisation de nombreux sites, avec l’aide des collectivités territoriales, les Comités Départementaux et Régionaux du Tourisme, les musées…

De 2014 à 2018, le tourisme de mémoire a un potentiel de développement conséquent grâce aux commémorations du Centenaire de la Grande Guerre et des 70 ans du Débarquement des alliés en 1944.

Pourtant peu d’agences de voyages, réceptifs et tour-opérateurs se sont positionnés sur le tourisme de mémoire.

Certes, il existe quelques freins :

  • le tourisme de mémoire est à tort ou à raison considéré comme un tourisme noir.
  • le tourisme de mémoire exige, la plupart du temps, la présence d’un guide
  • le tourisme de mémoire se fait souvent dans des sites à accès difficile nécessitant des moyens de locomotion (surtout pour la clientèle anglo-saxonne qui arrive en Eurostar ou en avion)…

Témoignages d’agents de voyages

B.V, chef d’agence à Rueil Malmaison (92500), le 21 mai 2014 :

« En effet, c’est à la limite du supportable, mais pour moi obligatoire, pour que jamais on n’oublie ce que l homme est capable d infliger à un autre, que ce soit pour « la race supérieure »  ou tous autres délires de dictateurs …, déjà, et pour honorer la mémoire de tous ceux qui ont souffert au-delà de ce qu’on peut imaginer, ou qui sont morts. Que ce soit Dachau, que ce soit le mémorial Yad Vashem à Tel Aaviv, le village d’Oradour sur Glane, et aussi la maison des esclaves à Gorée, et tant d’autres endroits, où on peut toucher la douleur des gens, d’où on sort en larmes. Oui il faut continuer à y emmener le plus de personnes possible, pour que ce racisme rampant, la xénophobie et autres horreurs ne refasse pas surface (oui, je sais, je suis idéaliste !!). »

J.L., chef d’agence de voyages à Mont Saint-Michel (50170), le 21 mai 2014 :

« Agent de voyages dont l’ambition est de proposer une autre découverte du Mont Saint-Michel, contemporain des événements dont on va fêter le 70éme anniversaire et soucieux de respecter notre devoir de mémoire, j’ai voulu rappeler que la bataille de Normandie ne se limitait pas aux plages. En recueillant des témoignages, recherchant à travers le Cotentin des hauts lieux de ces évènements, j’ai crèé des circuits et proposé des exposés sur ce que furent ces 70 jours. »

Oui, le tourisme de mémoire nous est absolument indispensable. Certains y ont même consacré leur vie, comme Joseph la Picirella, maquisard et fondateur du Musée de la Résistance du Vercors. A l’inauguration de ce musée, en 1973, Joseph la Picirella s’attendait d’avoir 300 personnes. Il y avait… plus de 5000.

Fin 2012, Atout France a publié un document Le Tourisme de Mémoire en France qui contient des données économiques intéressantes :

  • Les sites mémoriels marchands en France (20% du nombre total des sites) sont visités en moyenne par près de 6 millions de touristes par an, générant 45 M€ de CA dont 65% est dû à la billetterie.
  • Les touristes de mémoire en France sont des français à 55% et des étrangers à 45% venant du Royaume Uni (17%), Allemagne (16,5%), Belgique (15,5%), Pays Bas (13,2%), Etats-Unis (8,1%).
  • 40% des touristes viennent en groupes (dont 24% en voyages scolaires).
  • 4 régions françaises représentent 75% de la fréquentation : Grand Est (24%), Grand Ouest (24%), Ile de France (18), Nord (15%).
  • La haute saison pour le tourisme de mémoire s’étale entre avril et septembre.

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